Narrator: When people think you’re dying, they really, really listen to you, instead of just…
Marla Singer: - instead of just waiting for their turn to speak?
Fight Club
Ayé, dans deux semaines environ, je me tortillerai à nouveau au bloc opératoire, essayant sans doute de ne pas exploser de rire au nez du radiologue au “faux air de Jude Law avec le masque mais pas du tout sans” mais au vrai fort accent du Attila de Kamelott, et anticipant la nouvelle cicatrice. En bref, je vais radoter mais “Do.Not.Want”.
On m’avait dit “vous pourrez bientôt reprendre une vie normale”, la question que je me pose à l’heure actuelle porte sur leur définition de “bientôt”. 3 mois ça passe vite, à peine le temps de me remettre, d’arrêter de pioncer comme un poulpe échoué sur le rivage, de pouvoir reprendre mes balades sur la plage sans friser du nez parce que “oh punaise la vachte mais ça tire sa saloperie d’hématome” qu’on y retourne déjà. Je commence à trouver le temps long, à avoir envie de bouger, et il faudra à nouveau être immobilisée plusieurs semaines.
Je = heureuse, ravie. Si. Je = pas crédible, je sais.
A force tout de même de s’ausculter le nombril sous tous les angles et de passer de longs moments en profonde consultation avec soi-même au cours de ces dernières semaines, on en vient tout de même à dégager quelques grandes lignes de cette longue (trop longue) expérience.
Par exemple, la meilleure période pour impressionner tout le monde avec une rémission éclair zoupla esquive reste tout de même l’été. L’hiver, ça caille, et quand justement le problème est sanguin, la rémission elle se barre aux bahamas et elle vous laisse vous demmerder toute seule. Au final, exit la paralysie et la laine de verre, vrai, mais en période de pointe et suivant l’afflux d’informations au neurone, je reste persuadée d’avoir la gueule de Sikozu mashed-up Stark : frelled.
Autre observation sur le tas, se mater le fond de l’oeil depuis le fond de l’oeil n’amuse certainement que vous-même, puisque justement, vous êtes la seule à voir ce qui s’y passe. Right, “I’ve seen things you people wouldn’t believe“, j’ai un putain de home cinema au fond de la rétine et autant dire que c’est l’éclate. Mais aux yeux de mes interlocuteurs ça reste purement et simplement freaky.
En revanche, on appréciera votre compagnie pour vos petits émerveillements quotidiens, “Hé ! Agad’, j’arrive à claquer des doigts !!!!”, et les plus kamikaze arriveront même à ne plus s’étonner de vos subits changements de dynamisme, “Noooon, je veux aller faire un tour à… heu non dormir en fait.”
De fil en aiguille, on en arrive même à se passer d’opium, histoire de ne plus piquer du nez pendant un épisode de House et ce même si on se sent très / trop proche du héros / anti-héros, pas seulement pour l’addiction, mais aussi pour éviter de balancer une cartouche en plein repas “oops, j’ai pensé tout haut”. Sur ce point cependant, j’ai tout de même peur par moment que l’effet In Meds Veritas ne soit qu’un mythe et qu’il s’agisse en fait de ma véritable personnalité. En même temps, j’avais prévenu, et en général le public en redemande (bande de masos / sadiques).
Voilà en quoi la convalescence peut, par certains aspects, être à peu près glam’ ou amuser la galerie en vous posant comme monstre de foire / force de la nature / freak / originale.
Pour le reste, autant être claire, ce n’est pas glamour. Mes projets ont pris un retard énorme (qui emploierait quelqu’un qui passe à la charcuterie tous les trois mois ?), et je peux aussi oublier mon petit boulot d’appoint qui me permettait de sortir de mon cocon de traductrice et rencontrer quelques cobayes à bloguer puisque trop de stress / chaleur fait passer la fille en phase d’agressivité hypoglycémique (mais là encore, nous pouvons émettre quelques doutes quant à l’origine réelle de l’agressivité : pathologique ou physiologique ?), évanouissements théatraux en prime, ce qui avouons-le, fait désordre dans un restaurant à moins d’apprécier Tarantino.
Ajoutez à ça l’incompréhension notoire du pékin de base (agressivité ++) et l’emmerding au maximum, et vous avez le tableau.
En bref, mon kaléidoscope dans la rétine et moi, on commence à trouver le temps long, on se fait chier, et ça risque fort de continuer. Vivement le printemps.
J’ai déjà dit Do Not Want ? Ah oui.
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