Marketing et ratures
Depuis plusieurs mois que je me balade avec assiduité devant la mer aux reflets pas clairs, je rencontre régulièrement une dame d’un âge certain avec qui j’ai plaisir à discuter. ll s’agit encore une fois d’un personnage étonnant et haut en couleurs, au vécu fascinant et aux idées bien aiguisées. Ce qui m’étonne le plus dans cette rencontre de la rive d’en face et des échanges hebdomadaires qui en découlent est de voir combien nos idéaux se nourrissent à la même source pour se jeter dans des océans totalement opposés.
Pour l’exemple, elle répète souvent avec un sourire indulgent qu’il y a des gens très bien à gauche. A quoi je réponds toujours “Mais il y a des gens très bien partout, pour peu qu’on se prenne la peine de les voir. ” Elle croit aussi comme moi à la diversité mais plus en terme de mondialisme économique qu’en terme d’humanité.
Cette dualité touche aussi nos goûts littéraires. Nous aimons toutes les deux la science-fiction et le fantastique, mais c’est l’argument marketing/mode qui la fera se tourner vers une oeuvre plutôt qu’une autre, alors que mon retard en matière de “ce qu’il faut lire en ce moment pour être à la mode” n’est foutrement plus à prouver au profit de ma boulimie de mondes à rêves et cauchemars.
En clandestines discrêtes, nous échangeons tout de même romans et revues sous le manteau, et grâce à elle, j’ai pu lire la fraîcheur du Geisha d’Arthur Golden contre le Tome 2 de la revue Fiction (prochaine étape, l’abonnement, motivée je suis !)
Jusqu’à ce que vienne l’inévitable question d’actualité :
“Avez-vous lu le Da Vinci Code ?
- Euh non… D’après ce que j’ai pu comprendre, ça m’a l’air d’être un fieffé tissu de conneries présentées comme vérités indiscutables… Ça m’a l’air terriblement marketing…
- Mais ma chère, tout est marketing de nos jours ! Ah, ne vous inquiétez pas, je vous le prêterai, je suis sûre que cela vous plaira !”
Diantre, voilà comment mes illusions quant à la finalité de la littérature ont volé en éclats. Cette révélation m’a tellement choquée que ma nuit en fut bouleversée et vit apparaître dans son paysage onirique un Benjamin Castaldi (!) brun et gominé venu m’interviewer comme dernier auteur à la mode, moi qui n’ai jamais rien écrit d’autre qu’un blog et quelques traductions.
Nous étions dans un mobil-home gris américain pour une émission de radio où j’étais conviée en même temps qu’une dame bouffie et très vulgaire, baguée de rubis à chaque doigt. Je ne comprenais pas trop ce que je foutais là ni mon rapport avec cette dame, qui conversait colonialisme positif en agitant ses doigts boudinés. De temps en temps, elle m’adressait un condescendant “Avez votre vécu, vous devriez comprendre ça, vous !” J’allais ouvrir la bouche pour dire qu’il s’agissait sans doute d’une erreur, que je n’ai jamais rien écrit quand je m’aperçus que j’en étais incapable : mes dents se déchaussaient et branlaient dans mes gencives, rendant la moindre phrase impossible. Benjamin se tournait alors vers moi, me demandant si cela n’avait pas été trop dur d’ajouter autant de réel dans mon fantastique, une chose qui semblait lui paraître comme totalement nouvelle et “incroyablement marketing”. De plus en plus gênée, je m’efforçais de lui rétorquer que non, je n’avais rien écrit, qu’il se trompait de personne et encore plus sur ce qu’il pensait d’innovant dans une oeuvre qui n’avait même pas été écrite… Mais rien à faire, à chaque mot que je tentais d’articuler, mes dents se déchaussaient un peu plus, au point de craindre de les cracher sur la table aseptisée et de “faire désordre”.
Je pensais vaguement que Jean Ray était tout de même gonflé de me mettre dans une merde pareille quand la dame bouffie se mit alors à m’agiter un doigt menaçant sous le nez en hurlant “Tout est marketing ! Si vous n’avez pas compris ça alors vous allez droit dans le mur !”.
Mortifiée, je sortais du mobil-home pour respirer l’air pur et regarder les pommiers en fleurs, en me disant “Ça au moins, ce n’est pas marketing…”
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Le film sort aujourd’hui, tiens, au passage… et dans le genre marketing, ce n’est pas mal non plus.
Et c’est marrant, le coup des dents qui se déchaussent, je le fais réguliérment en rêve aussi. Ca doit sûrement vouloir dire un truc, mais comme j’ai pas envie de savoir… :-)
Qu’on est copains de dents oniriques ?
Je me disais tout juste, hier en replongeant dans “La peau de chagrin” de Balzac (ce mec savait écrire…), que la différence entre les auteurs actuels et ceux d’avant 19…70 (?), c’est qu’aujourd’hui, les romanciers écrivent pour Spielberg.
Y en a un paquet qui pourraient s’abstenir.
J’ai revé de Jean Pierre Castaldi (!) qui cherchait à tout prix les statuettes de Naheulbeuk pour empêcher les journalistes d’un magazine people de dévoiler son homosexualité.
… Ca veut dire quelque chose aussi, ou je suis simplement dérangée mentalement ?
(et c’est à moi que tu demandes ça hein ?)
Les rêves de dents sont angoissant…Impossibilité de parler…C’est violent.
Cela me fait penser aux shadow writers qui permettent à des « personnalités » de parader en prétendant avoir écrit tel ou tel chose…Trop drôle lorsque tu as écrit (et bâclé parce que le sujet était vraiment trop con) un livre de voir un crétin s’en glorifier à la TV à grand renfort de minable marketing….
Non, tout n’est pas marketing…Il y a les blogs par ex….
Comme je n’ai plus de TV depuis 2 ans (juste un truc sur ordi que je n’allume jamais) je ne sais pas à quoi ressemble Castaldi…Et je m’en porte très bien…hihi…
(J’ai passé un week chez je ne sais plus qui qui avait le DVC, je l’ai lu…Ce n’est ni bon, ni mauvais, c’est banal, aussitôt lu, aussitôt oublié…Bah….)
Euh Mauvaise nouvelle!!
Les dents qui se déchaussent signifie une peur de mourrir.
Oui c’est ce que disent la plupart des petits traités oniriques. Cependant, j’en doute franchement. Quoique mourir devant Castaldi, c’est tout de même une bonne grosse lose !
Pourquoi tu n’écris pas au fait ?
Grande question. Avec pour réponse une autre question : en suis-je vraiment capable ? Je crois que je suis une grande trouillarde à ce niveau là.
-> Qu’on est copains de dents oniriques ?
lol Et ça, c’est pas donné à tout le monde !!
-> Les dents qui se déchaussent signifie une peur de mourrir.
Ouais, une peur qu’on doit partager avec 98 % de la population mondiale, en gros. La vache, il doit y avoir un paquet de dents par terre dans le royaume de Sandman !!
-> Grande question. Avec pour réponse une autre question : en suis-je vraiment capable ?
Le seul moyen de le savoir…
Et ben dis donc!
J’avais lu je ne sias plus où que les dents était le symbole de la position sociale et les perdre correspondrait à chuter dans la hierarchie.
Cecci dit, de nos jour les soins detaires sont si chers et si peu remboursés que c’est souvent à l’entretien de la dentition ue l’on peut déceler la précarité.
ça, les vieilles lunettes pas adaptées et les toux persisitantes.
C’est gai tout ça.
Da Vinci Code, yeurk.
Sur le forum de Kate, un type a osé mettre ce torchon dans le même panier que le pendule de Foucault d’Umberto Ecco.
Je me suis retenue de piquer une crise. Il vaut mieux, car je suis modératrice.
Tu en fais souvent des rêves délirant du genre?
Euh si je dis que j’en fais toutes les nuits, vous m’achetez une jolie camisole ? Parce qu’effectivement un peu toutes les nuits oui. Cette nuit je voyais le nouvel album de ZZTop sponsorisé par Newrocks. Hum.
Il va sérieusement me falloir lire le Pendule de Foucault, j’ai d’ailleurs pas mal de bouquins d’Eco à acheter, ça m’interpelle.
Pour la position sociale de ce côté hein… Je vois pas trop de quel échelon je pourrais descendre :) Non je pense qu’il s’agit plutôt d’un rappel inconscient qu’il serait temps que j’aille faire mon check-up dentaire ! Mais de l’autre, je rêve souvent de mes dents. Sans doute lié à la confiance en soi d’après moi.
Oui, je pense qu’il faut plutôt le voir comme ça.
En général la perte des dents est souvent accompagnée de près ou de loin par une scéance publique aux toilettes ( et non pas une scéance aux toilettes publiques).
J’ai horreur de ce genre de rêves. >_
Salut,
il est vrai que la perte de dents à souvent été associé avec la mort ou la perte d’un membre de la famille, ou personne très proche.
J’ai aussi révé qu’une de mes dents se déchaussait cette nuit, mais cela m’arrive souvent.
Aux sujets des songes, puis-je me permettre d’ajouter celui-ci à la liste du Slumblog : un petit blog de rêves & cauchemars collecté ou envoyés ! D’autres gens du milieu (littéraire) s’y retrouvent (écrivain, traducteur, illustrateur).
Il sera au chaud, là-bas !
http://slumblog.blogspot.com
Avec plaisir !